"Extrait Gratuit : Les battements que je t'ai volés — Chapitre 1"
"Lisez gratuitement le chapitre 1 de ce dark romance intense. Léonie cache un secret qui détruit un innocent. Plongez dans l'histoire."
Chapitre 1 — Léonie
Le klaxon déchira le silence de la bibliothèque.
Trois secondes. Peut-être moins. Un son ordinaire, banal — un automobiliste impatient dans la rue en contrebas, rien de plus. Pour n'importe qui d'autre dans cette salle, ce n'était rien. Un bruit de fond urbain, aussitôt oublié.
Pour moi, ce fut le détonateur.
Mon cœur bascula dans la percussion — pas comme une métaphore poétique, pas le genre de phrase qu'on lit en diagonale dans un roman — mais quelque chose de physiologique et de brutal, un organe qui perdait tout contrôle, qui battait si fort que je l'entendais dans mes tempes, dans ma gorge, dans mes poignets. Le sang afflua à mon visage avec une violence presque douloureuse. Ma vision se rétrécit, comme si quelqu'un resserrait lentement un tunnel autour de mes yeux.
Non. Pas maintenant. Pas ici.
Je fixais la même page de mon manuel de droit civil depuis vingt minutes, peut-être plus. Les mots dansaient devant mes yeux, refusant obstinément de prendre sens. Introduction aux obligations. Le contrat est un accord de volontés entre deux ou plusieurs personnes destiné à créer, modifier, transmettre ou éteindre des obligations. J'avais relu cette phrase une dizaine de fois. Elle glissait sur ma conscience comme l'eau sur une vitre, sans laisser la moindre trace.
Autour de moi, la bibliothèque universitaire de Lyon-III bruissait de son activité habituelle. Le froissement régulier des pages qu'on tourne. Le cliquetis des claviers d'ordinateurs portables. Des chuchotements étouffés entre étudiants, parfois un rire vite réprimé. L'odeur des vieux livres — ce parfum de papier jauni et de reliures en cuir — se mêlait à celle du café de contrebande que quelqu'un avait fait entrer malgré l'interdiction.
Tout était normal. Tout était parfaitement, désespérément normal.
Sauf moi.
Je serrai les poings sous la table, enfonçant mes ongles dans mes paumes jusqu'à la limite de la douleur. C'était une technique que j'avais développée au fil des mois — cette douleur légère, contrôlée, qui me ramenait au présent quand mon esprit commençait à dériver vers des eaux plus sombres. Mais aujourd'hui, ça ne suffisait pas.
Les phares dans le rétroviseur. L'Audi noire qui se rapprochait, toujours plus près. La route qui défilait trop vite sous nos roues, les arbres qui n'étaient plus que des ombres floues de chaque côté. Le cri de Yann—
Stop. Compte quelque chose. N'importe quoi.
Les carreaux du plafond. Un, deux, trois... douze. Puis les fissures dans le plafond. Quatre. Puis mes propres respirations, une par une, jusqu'à ce que les chiffres remplacent la panique, jusqu'à ce que l'arithmétique étouffe les souvenirs.
Je me levai si brusquement que ma chaise racla le sol avec un grincement aigu. Quelques têtes se tournèrent vers moi. L'étudiante en droit qui ne tenait pas en place. La fille bizarre qui passait plus de temps aux toilettes qu'à réviser.
Les toilettes. Il fallait que j'atteigne les toilettes.
C'était devenu un réflexe conditionné, presque pavlovien. Chaque nouveau lieu que je fréquentais, je le cartographiais mentalement dès mon arrivée : les sorties de secours, les coins tranquilles, les refuges où je pouvais m'effondrer à l'abri des regards.
Mon sanctuaire.
Je m'agrippai au lavabo en porcelaine blanche, mes doigts se crispant sur le rebord froid. Mon reflet me regardait dans le miroir — une fille de vingt-trois ans aux yeux trop grands, cernés de mauve, aux joues trop pâles. Une fille qui avait l'air de quelqu'un sur le point de se noyer.
Camille me trouva cinq minutes plus tard.
Elle poussa la porte des toilettes sans frapper, son regard balayant rapidement l'espace avant de me localiser. Toujours assise par terre, le dos contre le mur, mes bras autour de mes genoux.
Elle ne dit rien. Elle ne posa pas de questions inutiles. Elle s'assit simplement à côté de moi, son épaule contre la mienne, sa présence chaude et solide comme un ancrage dans la tempête.
— Un klaxon, murmurai-je finalement. Juste un stupide klaxon dans la rue.
— Je sais.
— C'est tellement pathétique.
— Ce n'est pas pathétique.
Elle le disait à chaque fois, avec la même conviction tranquille. Et à chaque fois, je ne la croyais pas.
— Tu ne peux pas continuer comme ça, dit Camille au bout d'un moment. Sa voix était douce mais ferme. Tu le sais, Léo.
— Je sais.
— Alors fais quelque chose. N'importe quoi. Mais fais quelque chose.
Je fermai les yeux. Parce que « faire quelque chose » signifiait parler. Vraiment parler. Et parler signifiait révéler ce que je cachais depuis le 15 mars.
Sur Mathis. Sur l'homme innocent qui croupissait en prison pour un crime qu'il n'avait pas commis. À cause de mon silence.
— J'ai une idée, dit Camille. Viens avec moi à Rivière-Azur. Pour les vacances de printemps. Chez mes parents.
Rivière-Azur. Son village natal, perdu quelque part dans les collines du sud-est, entre Valence et les premiers contreforts des Alpes.
— Loin de Lyon, continua-t-elle. Loin de la fac, des examens, de... de tout ce qui te rappelle.
— D'accord, dis-je.
Le mot était sorti avant que j'aie le temps de le retenir, de le peser, de le regretter.
Le sourire qui illumina son visage valait presque le prix de l'aveu. Elle me serra dans ses bras, fort, comme si elle avait peur que je change d'avis.
Parce que cette nuit-là, quand je m'endormis dans mon petit studio de la Guillotière, je fis le même cauchemar que toujours. La route. Les phares. Le cri de Yann.
Et le visage de Mathis dans le rétroviseur de l'Audi.
Ce visage que je n'avais jamais décrit à personne.
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